Un cœur en silicone qui bat (presque) comme le vôtre
Des chercheurs de l'UNSW à Sydney ont mis au point un cœur robotique entièrement souple, capable de reproduire les battements humains et de simuler des pathologies cardiaques pour tester les implants avant qu'ils n'atteignent le corps d'un patient. Une plateforme d'essai qui pourrait accélérer
Un cœur en silicone qui bat (presque) comme le vôtre
Des chercheurs de l'UNSW à Sydney ont mis au point un cœur robotique entièrement souple, capable de reproduire les battements humains et de simuler des pathologies cardiaques pour tester les implants avant qu'ils n'atteignent le corps d'un patient. Une plateforme d'essai qui pourrait accélérer l'arrivée de valves et de pompes salvatrices — et, au passage, épargner quelques cobayes à quatre pattes.
L'objet ne ressemble à rien de très glamour : une masse de silicone parcourue de canaux, actionnée par de l'air comprimé. Pourtant, cette drôle de chose bat. Elle se contracte, se relâche, envoie un fluide dans un circuit fermé et mime avec un réalisme troublant le comportement d'un cœur humain. C'est le projet mené par l'équipe du Tyree Foundation Institute of Health Engineering à l'université de New South Wales, à Sydney, et il pourrait bien changer la manière dont on conçoit les dispositifs cardiaques.
Pourquoi un cœur en silicone plutôt qu'un modèle numérique ?
La question mérite d'être posée, à l'heure où les jumeaux numériques et les simulations biomécaniques trustent les publications. La réponse tient en un mot : la matière. Un implant cardiaque — qu'il s'agisse d'une valve, d'une pompe d'assistance ventriculaire ou d'un cathéter — doit composer avec un environnement mou, humide, en mouvement permanent et soumis à des pressions variables. Autant de paramètres qu'un modèle informatique approxime, mais qu'un banc d'essai physique restitue directement.
Le cœur robotique de l'UNSW appartient à la famille de la soft robotics, cette branche de la robotique qui remplace les servomoteurs et les engrenages par des actionneurs souples, généralement pneumatiques. Concrètement, l'équipe a moulé un ventricule en élastomère traversé de chambres internes. En y injectant de l'air à une cadence contrôlée, la paroi se déforme et éjecte un liquide qui joue le rôle du sang. Résultat : une pulsation, un débit, une pression — les trois grandeurs qui intéressent un cardiologue.
Là où le dispositif devient particulièrement malin, c'est qu'il ne se contente pas de battre "normalement". En modifiant la géométrie ou le rythme d'activation des chambres, les chercheurs peuvent reproduire des pathologies : insuffisance cardiaque, dysfonction ventriculaire, valvulopathies. Autant de scénarios dans lesquels un nouvel implant devra prouver sa valeur avant d'espérer un feu vert réglementaire.
Un banc d'essai qui pourrait rebattre les cartes des essais précliniques
Aujourd'hui, la mise au point d'un dispositif cardiaque suit un parcours assez balisé : simulations numériques, bancs d'essai mécaniques relativement rustiques, puis essais sur animaux (typiquement des porcs, dont l'anatomie cardiaque se rapproche de la nôtre), avant enfin les études cliniques chez l'humain. Chaque étape coûte cher, prend du temps et soulève, pour l'expérimentation animale, des questions éthiques que la communauté scientifique ne balaie plus d'un revers de main.
Un cœur robotique réaliste s'intercale idéalement entre le banc mécanique classique et l'animal. Il permet de :
- tester une valve ou une pompe dans des conditions de flux et de pression proches du réel ;
- itérer rapidement sur un prototype sans mobiliser d'animalerie ;
- reproduire à volonté une pathologie précise, alors qu'un modèle animal malade est difficile à obtenir de façon standardisée ;
- comparer plusieurs dispositifs dans des conditions strictement identiques, ce qu'aucun être vivant n'offre.
L'équipe de Sydney n'est pas seule sur ce terrain. Le MIT avait présenté en 2020 un cœur biohybride combinant tissu porcin et actionneurs souples, et plusieurs start-up planchent sur des simulateurs anatomiques haut de gamme. Mais la particularité du projet UNSW tient à son caractère entièrement synthétique : pas de tissu biologique, donc pas de conservation délicate, pas de variabilité d'un échantillon à l'autre, une reproductibilité assumée.
Reste évidemment la limite fondamentale de l'exercice. Un cœur en silicone reproduit une mécanique, pas une biologie. Il ne saigne pas, ne coagule pas, ne cicatrise pas et ne rejette rien. Les phénomènes d'interface entre un implant et l'endothélium — la fine couche de cellules qui tapisse l'intérieur des vaisseaux — lui échappent totalement. Personne, dans l'équipe australienne, ne prétend le contraire : l'outil vise à raffiner les tests précliniques, pas à supprimer les essais chez le vivant.
Ce qui frappe, dans ce genre de projet, c'est la manière dont la robotique molle finit par trouver ses créneaux les plus convaincants du côté du corps humain plutôt que de l'usine ou de l'entrepôt. Un cœur qui bat sans être vivant, non pour remplacer le nôtre mais pour mieux comprendre comment le réparer : voilà une utilisation de la robotique qu'on aurait tort de bouder.
Feriez-vous davantage confiance à un implant validé sur un cœur robotique qu'à un dispositif testé uniquement sur des animaux ?
Source : https://robohub.org/soft-robotic-heart-offers-new-way-to-study-disease-and-test-life-saving-devices/
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