Maximo, le robot d'AES, a déjà posé 180 000 panneaux solaires sur de vrais chantiers
Maximo, le robot développé par le géant américain de l'énergie AES, a franchi la barre des 180 000 panneaux solaires installés sur des fermes réelles, selon une interview de Nick Hegeman publiée par Robotics and Automation News. Sa spécialité : soulever et positionner les modules les plus lourd
Maximo, le robot d'AES, a déjà posé 180 000 panneaux solaires sur de vrais chantiers
Maximo, le robot développé par le géant américain de l'énergie AES, a franchi la barre des 180 000 panneaux solaires installés sur des fermes réelles, selon une interview de Nick Hegeman publiée par Robotics and Automation News. Sa spécialité : soulever et positionner les modules les plus lourds, guidé par une IA, pour accélérer la construction et épargner le dos des ouvriers.
Il y a une catégorie de robots dont on parle beaucoup en conférence, avec vidéos léchées et promesses ronflantes. Et il y a ceux qui, pendant ce temps, empilent tranquillement des chiffres sur le terrain. Maximo appartient clairement à la seconde. Conçu en interne par AES, un des plus gros producteurs mondiaux d'électricité, il travaille sur les chantiers solaires américains depuis plusieurs mois et vient de dépasser les 180 000 poses de panneaux. Un chiffre qui, mine de rien, situe la machine très au-dessus de la moyenne des démonstrateurs qui peuplent LinkedIn.
Pourquoi automatiser précisément la pose de panneaux ?
Parce que c'est un enfer physique. Sur une ferme solaire à l'échelle utility, on parle de centaines de milliers de modules photovoltaïques à manipuler. Chacun pèse entre 25 et 35 kilos pour les formats standards, et grimpe allègrement au-delà de 40 kilos pour les grands modules bifaciaux qui équipent désormais la majorité des projets récents. Multipliez par des milliers de gestes quotidiens, sous un soleil qui, ironie du sort, tape d'autant plus fort que le chantier est bien orienté, et vous obtenez le cocktail parfait pour les troubles musculo-squelettiques.
Maximo attaque ce problème frontalement. Le robot circule le long des rangées de structures métalliques (les "torque tubes" qui portent les panneaux), saisit les modules livrés à proximité, les soulève, les aligne, puis les fixe. Une caméra et un système de vision par IA gèrent le positionnement fin : détection de la structure, correction en temps réel, vérification que le module est bien à sa place avant serrage. Les opérateurs humains ne disparaissent pas ; ils supervisent, préparent l'approvisionnement et interviennent sur ce que la machine ne sait pas faire. En gros, ils cessent d'être des grues biologiques.
Selon Nick Hegeman, interviewé par Robotics and Automation News, l'équipe revendique un doublement de la productivité sur les tâches concernées, avec un impact direct sur les délais de mise en service des fermes. Un argument qui parle au secteur énergétique, où chaque mois gagné avant la mise en production se compte en mégawattheures vendus.
Un signal pour l'IA physique ?
Le cas Maximo est intéressant à un autre titre : il incarne exactement ce que la sphère tech appelle depuis deux ans "physical AI". Pas un humanoïde qui plie du linge dans une cuisine bien éclairée, mais un système spécialisé, embarqué sur une plateforme mobile, capable de gérer les aléas d'un vrai chantier — poussière, vent, tolérances de fabrication approximatives, panneaux qui n'arrivent jamais parfaitement empilés. C'est moins photogénique qu'un robot qui danse, mais c'est là que la valeur économique se matérialise réellement.
Quelques repères pour situer l'ordre de grandeur :
| Élément | Valeur |
|---|---|
| Panneaux posés par Maximo (cumulé) | 180 000+ |
| Poids typique d'un module utility | 25–40 kg |
| Opérateur du robot | AES (producteur d'énergie, pas start-up) |
| Statut | Déploiement commercial, pas prototype |
Ce dernier point mérite d'être souligné. Que ce soit AES — un acteur qui possède ses propres chantiers et connaît chaque ligne de son coût d'installation — qui développe le robot en interne dit quelque chose sur la maturité du besoin. On n'est pas dans le schéma classique "start-up cherche client pilote". On est dans "industriel construit son propre outil parce qu'aucun fournisseur ne répond assez vite".
Ce que ça change pour la filière
Le solaire à l'échelle utility a un problème bien identifié : la main-d'œuvre qualifiée manque, les projets s'empilent, et les objectifs de décarbonation exigent d'installer plus vite qu'on ne sait le faire. Automatiser la partie la plus physique du travail ne résout pas tout — il reste la préparation du terrain, le câblage, les postes de transformation — mais ça débloque un goulot majeur. Et surtout, ça rend les métiers de la construction solaire moins usants, donc potentiellement plus attractifs.
Reste à voir si Maximo reste un outil interne à AES ou s'il finit commercialisé auprès d'autres EPC. La question du modèle économique — vente, location, service à la pose — décidera beaucoup de sa diffusion. En attendant, 180 000 modules déjà en place, c'est une réponse assez claire à ceux qui pensent que la robotique de chantier n'est pas prête. Elle l'est. Elle bosse. Elle n'a juste pas de compte Twitter.
Et vous, sur un chantier solaire, vous préférez porter 40 kilos ou surveiller un robot qui les porte à votre place ?
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