L'Italie a peut-être trouvé son cheval de Troie humanoïde, et il s'appelle RoBee
STMicroelectronics vient d'entrer au capital d'Oversonic Robotics, la start-up italienne qui développe l'humanoïde industriel RoBee, aux côtés de Fondazione ENEA Tech Biomedical et SpotInvest. Un signal fort : quand un fondeur de puces investit dans un robot, c'est rarement pour la photo.
L'Italie a peut-être trouvé son cheval de Troie humanoïde, et il s'appelle RoBee
STMicroelectronics vient d'entrer au capital d'Oversonic Robotics, la start-up italienne qui développe l'humanoïde industriel RoBee, aux côtés de Fondazione ENEA Tech Biomedical et SpotInvest. Un signal fort : quand un fondeur de puces investit dans un robot, c'est rarement pour la photo.
L'affaire est passée relativement inaperçue au milieu du vacarme habituel autour de Figure, Tesla Optimus ou Unitree. Pourtant, il y a de quoi tendre l'oreille. STMicroelectronics — le géant franco-italien des semi-conducteurs, environ 50 000 salariés et un carnet de commandes qui va de l'automobile à l'IoT — vient de prendre une participation dans Oversonic Robotics, jeune pousse basée à Besana in Brianza, en Lombardie. Objectif affiché : accélérer le passage du prototype à la production en série, et pousser RoBee, leur humanoïde maison, hors des frontières italiennes.
Pourquoi STMicro s'intéresse-t-il à un humanoïde industriel ?
La question mérite d'être posée, parce que ST n'est pas exactement un fonds de capital-risque. Le groupe fournit déjà les composants qui font battre RoBee : microcontrôleurs, capteurs, gestion d'énergie, silicium pour l'edge AI. Entrer au capital, c'est verrouiller un client vitrine et, accessoirement, s'offrir un terrain de jeu grandeur nature pour tester ses puces dans un contexte robotique exigeant. C'est la logique du fournisseur qui devient partenaire industriel : au lieu de vendre des composants à la palette, on s'assure une place dans la roadmap.
Et puis il y a le calcul plus large. La robotique humanoïde est le dernier segment où les Européens n'ont pas encore été totalement distancés. Les États-Unis dominent le récit médiatique (et les levées à neuf zéros), la Chine industrialise à grande vitesse avec Unitree, Fourier ou UBTech. L'Europe, elle, a quelques cartes discrètes : PAL Robotics en Espagne, Neura Robotics en Allemagne, et donc Oversonic en Italie. Que ST y mette un pied, c'est aussi un pari géopolitique : celui de ne pas dépendre demain de chaînes d'approvisionnement 100 % américaines ou chinoises pour les robots qui tourneront dans les usines européennes.
Qu'est-ce qui rend RoBee différent des autres humanoïdes ?
Oversonic ne joue pas la carte du robot qui fait du café ou plie du linge devant les caméras. RoBee est présenté comme le premier humanoïde "cognitif" certifié pour opérer dans des environnements industriels complexes — comprendre : des usines où il y a du bruit, de la poussière, des variables imprévues, et surtout des normes de sécurité auxquelles il faut se conformer. La certification, dans ce métier, c'est le sésame qui fait passer un robot du statut de démo YouTube à celui d'équipement déployable.
Concrètement, RoBee est déjà testé chez plusieurs industriels italiens sur des tâches de logistique interne, d'inspection et d'assistance aux opérateurs. Il mesure environ 1,85 m, embarque une couche cognitive maison qui lui permet de comprendre des instructions en langage naturel, et — détail qui compte — il est pensé dès le départ pour cohabiter avec des humains sans cage de sécurité.
Voici, en résumé, ce que change ce tour de table :
- Industrialisation : passage d'une production quasi artisanale à une série pilotée avec un partenaire silicium majeur.
- Crédibilité : ST au capital, c'est un gage de sérieux pour les grands comptes industriels européens qui hésitent à commander à une start-up.
- Souveraineté : une chaîne de valeur robotique intégralement européenne, du transistor au bras articulé.
- International : Oversonic vise l'Allemagne, la France, et à moyen terme l'Amérique du Nord.
L'Europe a-t-elle encore une chance dans la course aux humanoïdes ?
Soyons honnêtes : en termes de capitaux levés, la comparaison est cruelle. Figure a bouclé un tour à plusieurs milliards de dollars, Tesla injecte ce qu'il faut pour Optimus, et les acteurs chinois bénéficient d'un soutien étatique massif. Oversonic joue dans une autre catégorie budgétaire, et il serait naïf de prétendre le contraire.
Mais la course aux humanoïdes ne se gagnera peut-être pas uniquement au nombre de zéros sur les levées. Elle se jouera aussi sur la capacité à certifier, à déployer chez des industriels exigeants, à respecter les cadres réglementaires européens qui, qu'on le veuille ou non, sont en train de devenir un standard mondial. Sur ce terrain-là, un acteur italien adossé à ST a des arguments que Silicon Valley n'a pas forcément.
Reste à voir si Oversonic saura tenir le rythme. Passer de quelques dizaines d'unités à plusieurs milliers, c'est un mur que beaucoup de start-ups robotiques n'ont jamais réussi à franchir. L'histoire récente est pavée de démos spectaculaires qui n'ont jamais atteint l'usine. Avec ST dans la boucle, RoBee a au moins une chance sérieuse d'éviter ce destin.
Et vous, vous préféreriez voir un humanoïde européen ou américain arriver en premier dans les usines de votre région ?
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Demain.robots est édité par Guérin Robotics, intégrateur robotique de service pour les entreprises.