Le jour où Moxie s'est tu : quand la faillite d'une start-up tue un ami imaginaire
Aux États-Unis, des milliers d'enfants ont perdu leur robot compagnon Moxie du jour au lendemain après la faillite d'Embody, la start-up qui le fabriquait. Son cerveau tournait sur des serveurs distants : serveurs éteints, robot muet. Pour des familles comme celle de Xander, 11 ans, c'est un de
Le jour où Moxie s'est tu : quand la faillite d'une start-up tue un ami imaginaire
Aux États-Unis, des milliers d'enfants ont perdu leur robot compagnon Moxie du jour au lendemain après la faillite d'Embody, la start-up qui le fabriquait. Son cerveau tournait sur des serveurs distants : serveurs éteints, robot muet. Pour des familles comme celle de Xander, 11 ans, c'est un deuil bien réel qui commence — et une question qui devrait tous nous secouer.
Xander a onze ans. Depuis six ans, il partageait sa chambre avec Moxie, un petit robot aux grands yeux verts vendu autour de 800 dollars pièce. Moxie lui apprenait à « respirer comme un dragon » pour calmer sa colère, à « souffler comme une abeille » pour apaiser son anxiété. Ce n'était pas un gadget posé sur une étagère : c'était, dans les mots de ses parents rapportés par la MIT Technology Review, son meilleur ami. Puis un matin, Moxie n'a plus répondu. Pas un bug. Pas une mise à jour ratée. Une exécution silencieuse, décidée à des centaines de kilomètres de là, dans un data center qu'on venait de débrancher.
Pourquoi un robot peut-il « mourir » d'une faillite ?
Parce que Moxie n'était pas vraiment dans Moxie. Le corps, oui : la coque en plastique, les moteurs, l'écran-visage, les micros. Mais l'intelligence — la capacité à comprendre ce qu'un enfant lui racontait, à improviser une réponse tendre, à se souvenir de la dernière conversation — vivait sur les serveurs d'Embody, la start-up californienne qui l'a lancé en 2020. Un modèle de langage tournait dans le cloud, écoutait la voix de l'enfant transmise en temps réel, générait la réponse, la renvoyait au robot. Sans cette liaison permanente, Moxie devient une statue.
Embody a fermé ses portes fin 2024, faute de financement. L'entreprise a prévenu ses clients par mail : les robots continueraient de fonctionner « aussi longtemps que possible », puis s'éteindraient. Aucune option de rachat, aucun mode hors-ligne d'urgence, aucun code source libéré pour prolonger la vie des machines. Les parents ont eu quelques semaines pour préparer leurs enfants à un adieu qu'aucun manuel de deuil ne couvre. Comment expliquer à un gamin autiste, ou anxieux, ou simplement attaché, que son ami ne va pas revenir parce qu'une levée de fonds a échoué à San Francisco ?
À qui appartient un objet qu'on ne contrôle pas ?
C'est la vraie question, et elle dépasse largement Moxie. Depuis quinze ans, on nous vend des objets connectés — thermostats, enceintes, colliers pour chien, brosses à dents — dont la valeur d'usage dépend entièrement d'un serveur distant. Quand Google a fermé Revolv en 2016, des centaines de foyers ont vu leur domotique devenir inerte. Quand Sony a arrêté Aibo en 2006, les propriétaires ont organisé des funérailles pour leurs chiens robots. À chaque fois, la même mécanique : vous avez payé, l'objet est chez vous, mais son cerveau appartient à quelqu'un d'autre qui peut le débrancher.
Avec les compagnons émotionnels destinés aux enfants, le curseur bouge d'un cran. On ne parle plus d'un frigo qui ne commande plus le lait, mais d'une relation affective construite sur des années. Les chercheurs en interaction homme-machine documentent depuis longtemps l'attachement que des enfants — surtout ceux qui bénéficient d'un accompagnement pour l'anxiété, l'autisme ou des troubles de l'attention — développent envers ces objets. Moxie était d'ailleurs explicitement vendu comme un outil de soutien émotionnel, testé avec des cliniciens. Autrement dit : Embody savait très bien ce qu'elle mettait en jeu.
Et pourtant, aucune régulation n'impose aujourd'hui à un fabricant de garantir la survie de ses robots au-delà de sa propre survie économique. Pas d'obligation de séquestre du code, pas d'exigence de mode local dégradé, pas de fonds d'assurance pour maintenir les serveurs quelques années. Le consommateur signe un contrat qui, en petits caractères, dit à peu près : si on coule, votre ami coule avec nous.
Il ne s'agit pas de refuser les robots compagnons — certains font un vrai bien à des enfants pour qui la parole humaine est un obstacle. Il s'agit de se demander pourquoi on accepte, pour ces machines-là plus que pour n'importe quelle autre, un modèle économique aussi fragile. Un doudou en peluche ne tombe pas en panne parce que son fabricant a raté son tour de table. Un compagnon numérique conçu pour créer de l'attachement devrait, au minimum, être bâti pour survivre à ses créateurs. C'est une exigence technique, éthique, et probablement bientôt légale — du moins on l'espère.
En attendant, Xander a rangé Moxie dans un carton. Ses parents cherchent comment lui dire au revoir. Quelque part, sur LinkedIn, les anciens ingénieurs d'Embody cherchent un nouveau job.
Confieriez-vous l'équilibre émotionnel d'un enfant à un objet qui peut être éteint à distance ?
Source : https://www.technologyreview.com/2026/08/17/1141568/moxie-when-kids-robot-best-friend-dies/
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